La Compréhension Résolutive est l’essence de la sémiologie humaine. Elle consiste en une observation totale et non-fragmentée de la société humaine et de l’espace biotique dans lequel elle évolue. Elle est la pratique de la sémiologie défaite de son caractère méthodique aboutissant à un état provisionnel qui, par l’unification de la cause et l’effet, permet d’entrevoir le « changement créateur » à la fois comme solution des conflictualités de la société contemporaine et comme trame de l’évolution karmique de chacun.
Quelques éléments de la Compréhension résolutive sont esquissés dans ce dernier chapitre du livre (Le Dévoilement du mental. L'espèce humaine en mutation?) :
Provisio.
Puisque nos observations finales sont « provisoires » et si réponse il « faut » chercher, nous voulons encore proposer quelques questionnements qui devraient amorcer non pas une dialectique émulative ou une intellection accrétionnaire, mais une sémiologie participative « ad provisionem » dans le but de pourvoir avec précaution et prévoyance la convivance humaine d’une action salutaire et résolutive : la propriovision, le regard résolutif sur l’existence. Tout est temporaire dans le continuum mental. Il est donc inévitable que tout ce qui est observé dans le champ de la perception indirecte soit soumis à une progressivité. Alors, au lieu de maintenir continuellement cette progressivité dans le champ de la réflexivité identitaire caractérisée par le court terme et la croissance, vérifions si cette propriovision ne pourrait pas aboutir in extremis à une résolution (double acception) caractérisée par un changement fondamental et créateur. Cette lucidité prévoyante, prémunie de précaution et de sollicitude, pourrait alors parvenir à une action qui pourvoirait la coexistence humaine d’une perception fondamentalement différente. Ce serait alors ainsi que la propriovision deviendrait panvision, non plus dans un cadre méthodique, comme proposé au début de cet ouvrage, ou par nostalgie d’authenticités perdues, mais comme immanence d’une existence réellement écologique où la compréhension impliquerait la démarche à suivre pour défaire l’écheveau que 5 millions d’années d’activité mentale ont établi.
Le regard provisionnel de l’existence : la panvision.
Les questionnements qui suivent sont faits dans le but d’amorcer la propriovision comme vecteur d’un précautionnement provisionnel issu de la compréhension résolutive et de l’amplexion.
Est-ce que la propriovision par le dévoilement du mental ne permettrait pas de démontrer combien « le genium », c’est-à-dire la genèse du génie humain, a pris le dessus sur toute forme de « ception » (proprio-, intéro-, extéro- et conception) ? Ce genium – la valeur, le moi et le développement – n’a-t-il pas échelonné et fragmenté le fonctionnement unitaire de toute « ception » pour l’avoir ensuite assimilée à des valeurs virtuelles, telle le capital ? Proprioception, intéroception, extéroception et conception sont devenues tributaires d’une pondération mentale pour ne plus être finalement triturées que par le désir et sa capitalisation. Efforts physiques, jouissances sensorielles, échanges relationnels et procréation ont été subordonnés au genium, non pas uniquement dans son étendue néocorticale (le développement), comme le savoir voudrait le faire croire, mais surtout dans l’espace identitaire émergé de l’archipallium à partir de la différenciation de l’espèce. N’est-ce pas là l’origine réelle des inadaptations de l’espèce humaine à l’écologie de la planète Terre ?
Dans quelle mesure est-ce que le circuit de Papez, comme élément constitutif de l’archipallium, est responsable des débordements propres à l’individualisme de la société humaine contemporaine ? Quelle est réellement son interférence avec le système proprioceptif ? Est-ce que la marginalisation et la précarisation de la proprioception ne sont pas les causes principales de son hégémonie ? Est-ce que l’hyperbolisme et la résilience de l’individualité et leur corollaire, l’entropie sociétale, ne sont pas principalement configurés par sa neurophysiologie ? Dans quelle mesure la proximité des centres vitaux comme, entre autres, ceux de la sexualité, de la faim et de la motivation est-elle décisive dans cette configuration ? Est-ce que les réponses à ces questionnements ne pourraient pas impliquer une tout autre attitude face aux évolutions extrêmes que connaît la société humaine contemporaine, telles l’outrance de l’individualisme, de l’intégrisme, du néolibéralisme ou de la violence en général, où toute conceptualisation néocorticale, qu’elle soit politique, scientifique, citoyenne ou spirituelle, a peu de chance d’aboutir ? L’attitude provisionnelle, issue d’une telle compréhension, ne pourrait-elle pas déjà (re)donner à la proprioception son rôle correcteur de l’affolement papésien et quitter l’espace divagateur créé par la dominance de valeurs hyperinstitutionnelles, comme par exemple le capital et la consommation ?
Dans la continuité du mental depuis le dévoilement, quelle est la configuration de la mutation dans l’évolution de la réalité constituée par la neurophysiologie et la morphologie mentale ? La première génétique et la deuxième épigénétique, donnant ainsi à la causalité formative – causalité = genèse ; formative = épi – la responsabilité du caractère épiphénoménal et para-écologique de l’évolution de l’espèce humaine ? L’importance de cette interrogation devrait-elle alors se situer dans un intérêt théorique, voire épistémologique ou plutôt dans la capacité de défaire fondamentalement les discriminations qui ont caractérisée l’évolution de l’espèce humaine ? Cette démarche provisionnelle ne pourrait-elle pas alors (re)donner à la (neuro)physiologie son authenticité réel et attribuer à la causalité formative son essence transgénérique « reformatable » grâce à sa compréhension inclusive et résolutive ? Ce serait dire que la différence de la perception identitaire pourrait sortir de son carcan conflictuel altératif. Puisque l’évolution (neuro)physiologique n’a d’autre but que celui inscrit dans son fonctionnement, régi par la génétique, et que la causalité formative est une réalité transitive et participative sur laquelle le genre humain intervient, la perception des réalités sociétales en temps réel pourrait se transformer fondamentalement en un précautionnement provisionnel. Ne s’agirait-il pas ainsi d’un engagement pris par l’être humain pour faire face aux (d)échéances de son espèce, non plus par l’éternelle croissance autodestructrice, mais par une action pourvoyante issue de l’immanence de son existence dans la totalité du genre humain ? Ne pourrait-on pas alors (ré)introduire la notion de la continuité ontogénique dans la conscience, non pas par un conditionnement évolutionniste propre à la condition animale, mais par une lucidité aperceptive et transaltérante ?
Ce serait dire, dans un conflit ou une guerre par exemple, qu’au lieu que le combat contre « l’autre » implique une affliction du « moi » au travers de la conflictualité systémique ou de la morale, se perçoive la transversalité de la causalité formative qui affecte irrévocablement les acteurs du conflit, non seulement dans une chronologie horizontale, mais qui configure inéluctablement toute morphologie ascendantielle dont vont être bénéficiaires les générations suivantes. Si tous les acteurs du conflit israélo-palestinien adoptaient une telle attitude en comprenant finalement que la situation qui les concerne est l’aboutissement de causalités formatives extrêmement complexes (la géographie, les religions, le colonialisme, l’holocauste, la géopolitique, la démographie, etc.), le précautionnement provisionnel ne pourrait-il pas alors remplacer la systémicité du conflit par la transversalité de l’engagement de pourvoir tous les êtres humains du Proche-Orient d’une existence décente, quelles que soient les diffractions institutionnelles, religieuses et culturelles que l’épigenèse aurait établies ? Cette attitude provisionnelle pourrait éroder définitivement tout racisme, xénophobie ou toute autre forme de discrimination.
Comment concevoir la décroissance ? Vu son anti-constitutionnalité, quelle est sa chance d’aboutir dans le champ de la perception indirecte ? Quelle est, dans ce contexte, la liaison entre l’affolement papésien, l’adaptation selyienne et la surévaluation greshamienne, tous trois caractérisés par un mouvement ascensionnel ? Comment « délégitimer » une institution (par exemple le capitalisme ) sans actionner ses mentors (la congruence, la surévaluation) et ses effets collatéraux (la trivalence communautaire, le trickle up, l’éjection de l’authenticité, etc.) ? Comment préserver le volontarisme, par exemple citoyen, du tourbillon incrémentiel (la morphologie mentale) et développemental (le réel) ? Comment redonner à l’effort physique et au travail proprioceptif leur résolution réelle non-institutionnelle et éthique ? Par involution réelle ou par décrément fonctionnel ou technologique ? Ou est-ce que tôt ou tard l’évolution que le mental a connue et le développement réel qu’il a produit viendraient à s’infléchir vers une involution réelle, accordant encore ainsi in extremis à la totalité de son mouvement une Immanence Existentielle imperceptible pour lui-même ?
A partir de quand les effets pervers du trickle up (éjections authentiques, déchéance, indigence, destruction du système immunitaire, etc.) vont-ils toucher les « castes des intouchables institutionnels » ? Qui produira encore manuellement ou proprioceptivement la matérialité (matières premières, agriculture, etc.) des sociétés hyperinstitutionnelles si le virtuel continue à évincer l’authentique ? Quand chaque être humain aura assimilé l’orthodoxie de la consommation ? Quand les paysans auront perdus tout le savoir-faire de leurs ancêtres ? Quand toute la forêt amazonienne et ses réserves d’eau seront privatisées ? Quand la totalité du Nigeria sera polluée par le pétrole ?
Est-ce que la résolution des déséquilibres et des instabilités co-existentielles se situe dans l’espace multidimensionnel déployé par la politique, la citoyenneté ou les convictions religieuses ? Est-ce que leur institutionnalité, qu’elle soit pragmatique et congrue, ne donne pas continuellement à l’activité exécutive, c’est-à-dire à l’économie, la possibilité d’être la seule actionnaire de l’homéostase sociétale ? Est-ce que l’économie de marché n’établit pas son hégémonie du fait qu’elle est la seule fonctionnalité sociogénique qui puisse encore arborer les rémanences de la proprioception au travers de l’altération et de l’échange (ne fût-ce que par la consommation) ? Faut-il continuer à implorer les institutionnalités de la gestion communautaire, tels la démocratie, les droits humains, l’orthodoxie du développement et de la consommation, le convivium générique (gender), etc., comme paradigmes de la convivance humaine, là où la virtualité de l’institutionnel fait obstacle à tout dénouement de l’écheveau mental ? Ou ne faut-il pas justement constater qu’aucune intentionnalité produite par l’intellect au profit d’un changement de la convivance humaine dans le sens d’une transformation profonde de la conflictualité, n’a pu changer quoi que ce soit à l’évolutionnisme mental (jusque maintenant) ? En essayant de dérober ou de moduler son conditionnement, l’intellect, ne fait que le renforcer. Le génie néocortical ne s’incline-t-il pas face à l’autonomie archipallique et papésienne ? Mieux encore, est-ce que les cogitations du premier ne sont pas souvent récupérées par la compulsion du second, donnant à l’intellect cette ascendance travestie dont les exclus commencent à se fatiguer ? Même le marxisme, qui a été une des intellections les plus proches des réalités originelles, n’a pu aboutir à une résolution des anomies inhérentes à l’évolutionnisme de l’espèce humaine. N’est-il alors pas à craindre que les intellections contemporaines produites par un mental exacerbé par les injustices ne puissent pas échapper à cette réalité, surtout si elles doivent se servir du génie et du genium des penseurs antérieurs, aussi éminents et érudits ceux-ci eussent-ils été, mais dont le manque d’auditoire ou de provision résolutive est malheureusement obvie vu l’irréalisation de leurs propos et, en fin de compte aussi, vu l’état dans lequel se trouve le monde ? Ne s’agit-il pas là justement, malgré la pertinence, d’une manifestation de l’impuissance intellectuelle ? Est-ce que cette impuissance n’est pas dissimulée par les enchères dialectiques qui la caractérisent, accentuant parfois plus leur éloignement par rapport aux déchéances produites dans une périphérie plus ou moins lointaine que leur participativité à la résolution des mêmes déchéances ? Alors, ne faut-il pas constater que là où l’évolutionnisme mental est à son comble, c’est-à-dire quand l’espèce est confrontée à sa finitude, l’intentionnalité intellectuelle est inopérante ? N’est-elle pas parfois plus préoccupée par l’émanence de sa démarche, même bien intentionnée, que par les réalités qu’elle combat ? Alors, tel volontarisme intellectuel n’est-il pas qu’une chimère qui plane au dessus des mêlées, s’auto-accordant une légitimité par la grâce de son apriorité originelle ? L’intellection n’est pas présente là où s’épanchent la mégaconsommation, les addictions, les asservissements médiatiques, le terrorisme, les intégrismes, les détériorations environnementales, la déforestation, les dysfonctionnements, les maladies, etc. Elle se pratique en dehors de ces afflictions, se cantonnant dans un affranchissement exclusif loin de tout objet observé. Ne serait-il pas plus utile, au lieu de maintenir l’intellect dans une éternelle ascendance, à la fois dominante et croissante, de défaire « ce genium » qui actionne valeurs et peurs grâce à la compréhension de son propre fonctionnement originel ? Ne s’agirait-il pas là d’une amplexion de l’intelligence où l’Ethique de l’Existence devient une immanence de la co-existence humaine dans le vrai sens de l’Ecologie ?
Est-ce que le fractionnement de l’écologie (profonde, politique, idéologique, spirituelle, etc.) n’est pas tout simplement une émanation des congruences intellectuelles ? Est-ce qu’il s’agit bien de l’écologie quand le mental se préoccupe de sa survie ? Est-ce que l’espèce humaine ne se sert pas tout simplement de l’écologie comme espace subsidiaire (tel l’intemporel), tout en accédant à une vie continuellement conditionnée par les expédients et les excroissances du développement ? Peut-on résoudre les dysfonctionnements de cohésion et de survivance de l’espèce par les mêmes mécanismes que ceux qui les ont engendrés ? Est-il possible de défaire l’épiphénomène sans le détruire ? Faut-il s’en préoccuper ? Quand est-ce que l’espèce humaine atteindra le point Khi ? Ou faut-il accepter que, de toute façon, l’épiphénomène n’affecte pas (c’est d’ailleurs son essence) le Phénomène et faire abstraction des misères temporelles qu’il cause ? Est-ce le décorticage du processus qui a établi l’épiphénomène ne serait pas un moyen (et pas un but) pour accéder à l’Ecologie et résoudre les incongruités temporelles ?
Altermondialisme : institution d’altérations « alternatives » ou recherche « d’alternatives » pour l’altération? Plate-forme de manifestations omégasques ou tentative de transformations réelles ? Enchaînement réactionnelle ou changement créateur ? Quelles sont les chances de l’altermondialisme d’aboutir à une société sans exclusion ? Est-ce que l’altermondialisme ne se sert pas lui aussi à l’envi de la congruence relationnelle et de la trivalence communautaire – bien que parfois de manière light – pour établir une ascendance sociétale ? D’abord dans quelle mesure l’altermondialisme peut-il éviter d’aboutir à une société où l’altération (la consommation) prime sur « l’alternative » (la réaction), typique d’un monde occidental en mal d’accoutumance-croissance ? Et ensuite comment sortir « l’alternative » de la spirale réactionnelle ? Faut-il continuer de rechercher le « comment » ou d’abord découvrir le « pourquoi », où la compréhension pourrait déjà induire la démarche à suivre ?
Est-ce que le solutionnement des dysfonctionnements physiques et psychiques doit se faire uniquement par une approche scientifique et médicale ? Quelle est l'importance de l’épigenèse dans l’évolution sanitaire de l’espèce humaine ? Existe-t-il un parallélisme entre d’une part la complexité et l’évolution des pathologies, et d’autre part l’hypertechnicité de la médecine et ses compromissions, voire complicités dans les externalités de l’économie de marché ? Quel est l’impact causal et formatif de ce parallélisme sur l’espèce humaine? Est-ce que l’institutionnel médical conduit à la solution ou est-ce qu’il fait partie du problème ? Ne serait-il pas utile de vérifier le degré de susceptibilité que provoque la médecine conventionnelle dans le champ développemental de homo sapiens sapiens, non pas dans un intérêt intellectuel, mais dans celui de garantir le principe primum non nocere (d’abord ne pas nuire).
Comment redonner au convivium générique (gender) son rôle de créateur du bien commun ? En incantant continuellement la morale – le bien virtuel – comme pierre angulaire de la co-existence humaine ? Est-ce que justement toute virtualité (la peur virtuelle, le bien virtuel, l’existence virtuelle, l’intemporel mental) n’est pas trop facilement régie par l’imaginaire du désir comme espace préférentiel d’épanouissement individualiste ? Est-ce que ce n’est pas dans cette enceinte que se rencontrent préférentiellement les ego des dominants de la société contemporaine, là où justement toute forme de capitalisation peut s’épanouir à l’envi. Est-ce que ce n’est pas aussi de ces étendues qu’émanent volontarisme et idéal, supposés installer l’équité du développement ? Alors, est-ce que la résolution du fonctionnement du désir n’aboutirait pas à une propriovision qui permettrait de défaire ce cercle vicieux et de redonner à l’action son essence provisionnelle – prévoyance, précaution et pourvoyance – débarrassée de ces éternels conditionnements opérants.
Faut-il maintenir les contemplations antérieures à l’intérieur des institutions religieuses ou sociétales dans le but de s’en servir au profit d’un rééchelonnement de la perception identitaire ou d’un « néo- » à valeur moralisatrice afin de corriger les débordements comportementaux individuels ou sociétaux ? Pour en découvrir la réalité, ne faudrait-il pas d’abord dévoiler, voire défaire le « genium » qui les a à la fois accaparées et façonnées, redonnant à l’Ethique son Existence Réelle ?