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  Le crédit hypothécaire et la Loi
  de Gresham:
 

Les mesures proposées par la Région wallonne (RW) en matière de garantie de remboursement des prêts hypothécaires donnent à réfléchir. Il est stipulé que l’objectif est de permettre à des emprunteurs qui ne disposent pas d’assez de fonds personnels de bénéficier d’un prêt allant jusqu’à 125% de la valeur vénale du logement où la RW s’engage à intervenir dans la perte subie par l’organisme prêteur sur la partie du prêt dépassant 70% de cette valeur. Il s’agit en quelque sorte d’une mesure qui pousse les ménages à emprunter au-delà de la valeur du bien hypothéqué. Si la propriété d’un logement est un droit qui revient à chacun et qu’il est défendable de mobiliser des fonds publics pour garantir ce droit, on peut se poser la question de savoir si on ne fausse pas la situation, surtout au vu de l’évolution actuelle du marché financier. N’est-ce pas là précisément l’origine des difficultés auxquelles le système est confronté. En effet, il ne s’agit de rien d’autre que de garantir le pouvoir d’achat, le cas échéant d’un logement, avec du capital virtuel non seulement du chef de l’emprunteur mais aussi de celui de l’État surendetté.

 

La garantie ou la subvention dont il est question est la création d’un pouvoir d’achat artificiel puisqu’il augmente la capacité de crédit sans augmenter la capacité de remboursement ; bien au contraire le patronat crie haut et fort – depuis toujours d’ailleurs – que dans la situation actuelle une augmentation des salaires est exclue. Or, ce mécanisme est en vigueur depuis quelques décennies déjà – particulièrement aux États-unis – où le pouvoir d’achat est maintenu grâce à une augmentation des crédits – tout s’achète à crédit –, alors que les salaires n’emboîtent pas le pas de cette évolution. Cette modération salariale a bien sûr permis aux entreprises (et surtout à leur actionnariat) non seulement d’augmenter leur rentabilité, mais aussi d’agrandir leur productivité, puisque la consommation est soutenue par les crédits, aidée évidemment par d’autres mécanismes, telles par exemple les délocalisations, aboutissant finalement à une accumulation de la richesse par la transnationalisation du système financier. Aux États-unis mais aussi en Europe, le pouvoir d’achat et l’envol de la consommation des deux, trois dernières décennies ne sont nullement dus à une augmentation salariale mais bien à une extension de la mise à disposition de crédits au consommateur.

 

D’ailleurs, la proposition de subventionner les crédits de logement n’est pas sans risque, puisque non seulement elle n’est pas suivie par une augmentation du remboursement par salaire, mais aussi parce qu’elle présuppose une augmentation linéaire des valeurs de l’immobilier (voir la situation aux États-unis et la débâcle des subprimes), pour ne pas parler de la situation précaire des finances publiques ; la plupart des garanties que les États proposent actuellement pour sauver le marché financier ce fait avec de l’argent prêté ou par des anticipations sur des bénéfices futurs, voire par la création monétaire. Même la plus-value du logement suite à des transformations (pour un logement existant) risque de ne pas couvrir le ralentissement du commerce immobilier. D’ailleurs, il faudrait tenir compte du fait qu’une partie de ce surplus de 25% qui est couvert par la démarche de la RW ne sera pas affectée à l’achat-transformation du bâtiment mais bien à une consommation parallèle : voiture, aménagement mobilier, école, voire pour les vacances, tous dépenses précarisées par la crise actuelle et certaines sujettes à une mise à crédit supplémentaire.

 

Pour sous-tendre ces préoccupations on pourrait exhumer les principes d’un économiste britannique du XVIe siècle (Thomas Gresham) qui constatait que quand circulaient simultanément une monnaie faible (basse teneur en métaux précieux) et une monnaie forte (haute teneur en métaux précieux), la première évinçait toujours la deuxième, tout simplement parce que les monnayeurs fondaient celles riches en or pour les transformer en celles pauvres en ce métaux rare, augmentant ainsi la quantité de la monnaie en circulation. Transposé dans l’époque actuelle, cela se traduit par le phénomène où le capital virtuel, notamment celui issu du crédit, évince le capital réel, généré par le travail. Cette loi de Gresham n’est pourtant pas une simple observation temporaire, elle est née d’une réalité qui hante l’espèce humaine depuis ces origines où on peut constater que le virtuel évince toujours l’authentique, aboutissant à l’affolement de la société de consommation et, bien sûr, à la bulle financière actuelle.

 

D’ailleurs, à une époque moins reculée, Marx en a fait son cheval de bataille en fustigeant contre le capital (le virtuel) alors qu’il prônait le travail (l’authentique) comme moyen unique pour l’aboutissement du bien-être. Pourtant nous savons que là aussi, en dépit des bonnes analyses de Marx, le communisme a pratiqué à l’envi les principes de Thomas Gresham, fût-ce par des mécanismes « autrement » virtuels que ceux de son ennemi invétéré, le capitalisme.

 

Alors, n’est-il pas à craindre que, fidèle à sa destinée d’une hégémonie du virtuel, les difficultés actuelles amèneront le système néo-libéral à poursuivre l’application de cette loi originelle tout simplement parce qu’il ne connaît pas mieux et que l’authentique ne fait plus partie de ses considérations salutaires. À nous de veiller à ne pas le laisser disparaître pour de bon !?

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