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  Le piège de la biométhanisation:

Peut-on répéter les erreurs du passé ?

 

Alors que depuis presque deux siècles la Terre est vidée de son contenu fossile au profit de la production en énergie, l’être humain veut maintenant se servir du vivant pour satisfaire ses schémas de consommation énergétique. Au 19e siècle, au moment de l’industrialisation de nos sociétés, chercheurs, scientifiques et économistes n’ont pas prévu, voire tenu compte des effets néfastes que pouvait avoir la transformation des hydrocarbures sur l’environnement. Cent cinquante ans plus tard, tous les responsables et décideurs, scientifiques, politiques, citoyens, sont persuadés que la combustion des structures carboniques est à la base de changements multiples, dont l’effet de serre et les modifications climatiques sont les exemples les plus saillants. Même les états émergents comme la Chine, l’Inde, etc. ou les états insensibles aux problèmes écologiques, tels les EE.UU. et le Japon, sont conscients qu’il faut prendre des mesures de conservation. D’autre part, il est utile de se rendre compte combien le privilégiement tous azimuts de la production énergétique par des politiques de dérégulation ont perturbé le tissu sociétal du secteur agricole : le verre de lait que boivent nos enfants vient de Pologne, voire de Nouvelle Zélande, uniquement parce que les gestionnaires politiques ne parviennent pas à attribuer à la production énergétique l’attention réelle qu’elle mérite. Alors, est-il justifiable de s’adonner à une nouvelle forme de production d’énergie avec la même insouciance que celle qui a marqué les décideurs au 19e siècle ? L’urgence peut-elle légitimer l’irréflexion, voire l’imprudence dans les choix stratégiques de la gestion énergétique ?

En quoi consiste la bio-méthanisation ?

 

Le méthane (CH4) est un excellent combustible et est le principal constituant du gaz naturel. Il peut être produit au départ de matières organiques par une sorte de digestion bactériologique qui atteint les chaînes carboniques, principal matériau du vivant. La transformation de la cellulose (l’herbe, céréales, etc.) en méthane par les ruminants en est un exemple typique. Cette procédure, au lieu de se servir de matières fossiles, nécessite l’apport de structures carboniques vivantes (plantes, céréales, maïs, etc.) ou déjectées, mais originaires du vivant (lisier, fumier, etc.). Il s’agit de la transformation du vivant en énergies « consommables » par l’être humain.

 

Dès lors, ne serait-il pas justifié que les décisions sur la biométhanisation ressortent de la responsabilité communautaire et qu’elles soient faites à la fois à la lumière des problèmes auxquels le vivant est confronté (insécurité alimentaire, modification des génomes, etc.) et en prenant en compte les erreurs du passé liées à une vision du court terme par les gestionnaires ?

 

Quels sont les problèmes auxquels la gestion du vivant est confrontée ?

 

Dans la plupart des zones agricoles le glissement de la production vivrière vers la production de rente ou vers la production énergétique, confronte l’être humain à des problèmes de subsistance. Ainsi, par exemple l’Argentine, pays manifestement capable de nourrir sa population, est actuellement confrontée à la famine (production exclusive de protéagineux, agrocarburants, etc.). Le Brésil, malgré son immense capacité de production vivrière, est manifestement déficitaire en matière de sécurité alimentaire ; la mise à disposition des terres arables au profit de la production énergétique en est une cause importante.

L’impact de la transformation du vivant vers l’énergétique est caractérisé par les facteurs suivants :

 

  • monopolisation des terres cultivables normalement destinées aux productions vivrières.
  • industrialisation de l’agriculture.
  • agrandissement d’échelle ; tendance vers la propriété latifundiaire.
  • désarroi de l’exploitation familiale du secteur agricole.
  • capitalisation à outrance de la gestion du vivant.
  • balance économique précaire suite à la virtualité de ses soubassements capitalistiques : crédits et subventionnements.
  • destruction de substances alimentaires destinées à l’alimentation humaine (céréales, etc.)
  • incitation à la production animale massive et industrielle (porcs, volailles).
  • encouragement de cultures massivement subventionnées (maïs) et dérégulatrices d’une économie agricole saine et à mesure humaine.
  • dérégulation de l’économie agricole en faisant concurrence aux éleveurs (maïs).
  • dérégulation de l’économie agricole par l’agrandissement d’échelle et l’incitation à la surproduction (porcs, volailles, etc.).
  • atteinte réelle des terres cultivables par l’érosion, l’infiltration des produits phytopharmaceutiques, la contamination des nappes phréatiques, la disparition des structures compostées dans les couches arables, la destruction de la biodiversité, etc.
  • augmentation du charroi agricole dans les zones rurales ; développement d’une mécanique de récolte démesurée.
  • mécanisation à outrance du secteur agricole avec diminution de l’emploi et dépendance des crédits.
  • balance énergétique douteuse puisque certaines matières doivent être séchées avant utilisation.
  • incitation à la production d’un vivant génétiquement modifié avec tous les effets néfastes que cela peut avoir, aussi sur la structure familiale de l’économie rurale.

 


 

Il est important de souligner que la culture de maïs rejoint la plupart de ces observations. Alors, est-il justifiable de laisser couvrir nos régions par ce type de production agricole ? Serait-ce là la solution aux problèmes de survie auxquels nos agriculteurs sont actuellement confrontés ou s’agit-il d’une fuite en avant sans pondération aucune ? Est-il justifiable de mettre en place une culture qui mortifie nos terres arables et leur biodiversité ? Faut-il à nouveau attendre cent cinquante ans avant de nous rendre compte qu’un mode de production peut avoir des conséquences néfastes (par exemple la pollution des les nappes phréatiques) sur l’espace dans lequel nous vivons ?
Le choix de la transformation énergétique du vivant ou de sa mise à disposition peut-il être l’exclusivité de l’économie de marché avec comme seul but une augmentation capitalistique, ou doit il faire l’objet d’une réflexion faite par les responsables de la gestion communautaire en concertation avec le citoyen ? Faut-il laisser à la croissance économique seule l’exclusivité de l’ascendance sur la survie de l’être humain ?

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