C’était à Casablanca.
Idriss nous prêtait sa voiture pour aller visiter cette métropole de plus de 3 millions d’habitants. Avec Salahedine, son épouse Nayma et Nadja, sa sœur, on était parti tôt. Parmi les quatre, j’étais le seul qui avait le permis. C’était le vendredi, jour de la prière. Les ruelles étaient bondées ; tout le monde préparait la fin du Ramadan. Même avec la 206, ce n’était pas facile de manœuvrer dans cette foule. Engagé dans une venelle bordée d’étals, tout à coup les gens s’agitent, nous font des signes ; mer…. ! nous sommes dans un sens unique. Une voiture de front ; le reflex : je jette la 206 à droite ……….. et touche le pare-chocs d’une Mercedes stationnée. Les vendeurs des étals me guident pour sortir de ce bourbier ; « le propriétaire de la Mercedes est à la mosquée » nous informent-ils. Cinq minutes plus tard il arrive.
« Voilà …., désolé ….., je vais vous indemniser » lui disé-je très mal à l’aise.
Le monsieur regarde bien son véhicule, mouille sa main avec de l’eau et frotte sur le pare-chocs : des grattes, la couleur enlevée, une petite bosse. Il se lave les mains.
« Ce n’est pas grave, ne vous tracassez pas ; il n’y a pas de problèmes. Assalama aleikum : que la paix soit avec vous. C’est bon comme ça » dit-il aimablement.
Ébahis, nous le remercions : « Aleikum assalaam, chokrane, chokrane ! »
« Maintenant, surtout ne pas insister pour l’indemniser », me chuchote Salahedine, « cela ne se fait pas dans une telle situation. »
Alors, la 206 ? Une bosse à l’aile arrière droite. Faut réparer ça. À El Hank, le quartier populaire dans lequel vit la famille de Salahedine, nous allons à la recherche d’un atelier de carrosserie ; ils sont nombreux à travailler en bordure de route, à ciel ouvert. Le patron examine la 206, ne parle pas trop, tire sur la tôle, la plie et demande ensuite à un mécanicien de terminer le travail. Un quart d’heure plus tard, avec des outils de fortune, la bosse a pratiquement disparu ; quelques retouches de couleur et la voilà plus ou moins en ordre, acceptable.
« Combien est-ce qu’on vous doit ? » demande mon ami Salahedine au garagiste.
« C’est bon comme ça, ne vous tracassez pas. Si vous voulez, donnez 20 Dirham (+/- 2 Euro) au mécanicien, c’est tout. Assalama aleikum : que la paix soit avec vous. »
Puis le mécanicien : « Chokrane, chokrane, merci » ; un grand sourire.
Ensuite à nous : « Aleikum assalaam, Bismilah. »
Le soir, après le repas de la harira, nous attendons avec impatience Idriss qui passe reprendre sa voiture ; je lui raconte l’incident. De loin il jette un œil sur la 206 : « Pas de problèmes, ne te tracasse pas, cela n’a pas d’importance. Assalama aleikum. »
Les soirées du Ramadan sont longues. Assis par terre, rassasiés d’un délicieux tajine aux coings et aux topinambours, en observant la vie du quartier avec au loin la Mosquée Hassan II entourée par l’océan, Salahedine me dit : « Quelle belle journée ! » « Et oui, quelle belle journée » et en même temps je me pose la question de savoir quelle aurait été mon état d’âme si le même incident était survenu en Belgique.
Mais c’était à Casablanca, au Maroc, en octobre 2007.